Existe-t-il un politiquement correct de droite ?

Qui dit politiquement correct pense plutôt à un discours de gauche, friand de bons sentiments. Par ignorance d’une réalité complexe, il s’abîme souvent dans de seules leçons de morale. De surcroît, ceux-là mêmes qui le professent s’en détournent dès lors qu’ils sont mis directement à contribution. Les exemples ne manquent pas : on maudit l’exclusion dans les quartiers populaires sans jamais y mettre les pieds, on s’émeut de l’inégalité des chances tout en bataillant pour que ses enfants ne fréquentent pas un établissement mal situé.

Le politiquement correct de gauche a-t-il son pendant à droite ? Le thème de la création d’entreprise en fournit volontiers la trame. Se déclinant autour de slogans volontaristes, celle-ci est souvent présentée comme la panacée à tous les maux. Contre l’anémie du tissu industriel, contre le chômage, contre un pays par trop fonctionnarisé. S’abreuvant de supposées valeurs – dynamisme, initiative, liberté – elle serait presque le couronnement d’une vie réussie.

Seulement voilà, comme pour le politiquement correct de gauche, entre discours et réalité, se dresse un abîme. L’un comme l’autre souffrant des mêmes travers.

Alors que la droite loue les mérites de la création d’entreprise, ses protagonistes s’y frottent rarement. Car, sur le terrain, c’est une toute autre affaire. Son accomplissement passe par de lourds sacrifices : travail à la dure, revenus incertains, responsabilités juridiques, hypothèques sur des biens immobiliers.

Bien davantage que les formalités, c’est l’inévitable prise de risque sur les deniers personnels qui perturbe. Mieux vaut se fondre dans une grande entreprise ou une institution plutôt que de s’aventurer dans l’inconnu ! C’est le choix de la majorité des tenants de l’élite entrepreneuriale en France, lesquels préfèrent engranger sans trop de peine les avantages dus à leurs diplômes, à leur rang.

Dès lors, vanter la création d’entreprise s’apparente à de la propagande destinée surtout aux recalés, aux jeunes, aux chômeurs, aux immigrés, à tous ceux qui n’ont pas d’autres choix que de créer leur entreprise, dixit, leur propre emploi. Cette dérive aboutit à la mise en oeuvre de fausses bonnes solutions, comme, par exemple, le statut d’auto-entrepreneur ou le concours de création d’entreprises innovantes du ministère de la Recherche. Dans les deux cas, les résultats sont accablants avec peu de création d’emplois, une instabilité chronique.

Qui plus est, ce paradoxe affecte l’ensemble de l’économie. Exceptionnellement impliqués à titre personnel dans des créations d’entreprise, les banquiers comprennent mal l’univers peu palpitant des PME, à la trésorerie souvent exsangue. En témoignent leurs difficultés à accéder aux crédits bancaires, voire à des marchés. Cette situation génère des frustrations ou de l’amertume assez comparables à celles que ressentent, de leur coté, animateurs sociaux et éducateurs.

Qu’il soit de gauche ou de droite, le politiquement correct s’offre comme la gestion à distance de problèmes souvent insurmontables. Il illustre la position d’une élite qui, tout en se parant des vertus d’un discours séduisant, est peu prompte à aller réellement au charbon.

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3 commentaires

  1. Etre et ne pas être à la fois, c’est tout le paradoxe français
    Sur la forme et le fond, il est clair que la gauche, en matière de politiquement correct ou de « bien pensence », remporte la palme.
    La droite quant à elle, pèche sur la forme car elle est trop précautionneuse. Il faut dire aussi que les français éprouvent un amour immodéré pour l’Etat Providence et une haine sans bornes pour le libéralisme (toujours qualifié d’ultra).

    Quand on voit qu’en France l’addition de quelques intérêts particuliers et corporatistes sont élevés au rang d’intérêt général, le chemin du changement de mentalités et donc d’une vraie alternance politique n’est pas prêt d’être tracé.

    Les français sont des « mutins de Panurge », car ils sont révoltés, terrorisés à l’idée de prendre en main leur avenir.
    L’entreprise est considérée comme un monstre qui dévore ses employés. L’endoctrinement commence à l’école, telle est la manière dont est présentée l’entreprise dans les manuels économiques des lycéens, aujourd’hui en 2010 !
    C’est pour cette raison que le statut d’auto entrepreneur est une idée géniale, un germe pour modifier la vision erronée de l’entreprenariat, des preneurs de risques et donc des patrons.

    L’argent c’est le mal absolu. Les gens s’indignent car les grandes entreprises du CAC 40 font des bénéfices. C’est vrai qu’il vaut mieux pour tout le monde qu’elles fassent des pertes ! Non mais on tombe vraiment sur la tête !

    Le paradoxe c’est donc courtiser les français par une politique sociale toujours plus dispendieuse pour des récipiendaires non contrôlés et une politique économique où l’on souhaite des créations d’entreprises, mais où tout est fait pour les décourager.

    L’entreprise haut lieu sociétal avant d’être économique est contrainte de prendre en charge et de résoudre les effets générés par un code du travail qui contient 2000 pages + les 2000 et quelques pages du code de la sécurité sociale, et que chaque année nos précieux législateurs continuent à faire grossir.
    La surprotection sociale génère l’effet inverse du but généreux que ces lois sont sensées poursuivre.
    Les piètres résultats obtenus à cause de ces harcèlements textuels prouvent que l’on va à l’encontre du principe de réalité

    De tels comportements schizophréniques ne peuvent qu’engendrer langue de bois et de coton dans un registre de la plus pure « bien pensence ».

    Et pourquoi ?
    Qui a quelque intérêt à combattre le libéralisme? Qui entre en compétition avec les individus, pour le contrôle de la pensée et de l’économie? Il me semble que ce sont les grandes entités centralisatrices du pouvoir qui ont cet intérêt là… Si l’on regarde les choses du point de vue de la France, une telle entité est l’Etat Providence.
    Et qui l’ encourage dans ce sens du toujours plus de la même chose ? : l’opinion publique .

    Cordialement

  2. Excellent! On peut poursuivre sur cette voie pour débusquer ce qui ne sont finalement que des discours de classes…Mais là on sort de tous les politiquement corrects.

    Vu votre article dans les echos, je vais lire le reste de votre production, mais là je pars en réunion avec tout mon dico du politiquement correct entreprise sous le bras!

  3. Le politiquement correct n’est en fait qu’une bouffée de puritanisme apparu fin 70 début 80 en réaction aux peurs nées du dé-bridage tout azimut de la société. Quand après avoir vaincu les peurs du changement (1968 à 1972) on accède enfin aux changement voulus, le balancier repart dans l’autre sens pour corriger ses excès par d’autres excès en sens inverse. Et cela n’est ni de gauche ni de droite.. c’est ainsi. Notre société avance ainsi par une succession de sauts de puces désordonnés, ce qui en explique la lenteur des progrès.
    Ce qui me fait sursauter ce sont les commentaires qui précèdent: comment des chefs d’entreprise, ou des candidats patrons peuvent ils avoir une telle vision de notre société? Se sont ils rendus compte qu’en plus de « faire prospérer l’Entreprise pour le bien de tous au risque de la faire mourir » (douce périphrase signifiant « se faire du pognon coûte que coûte et que le meilleur gagne »), ils ont des responsabilités sociales, éducatives, culturelles, citoyennes? Qu’ils ont plus que tous l’obligation de vaincre la peur de l’autre et de contribuer à ce que nous vivions tous ensemble harmonieusement?
    Ce que je lis ci dessus n’est qu’un discours de peur. La peur de perdre ce que vous avez acquis souvent par hasard ou par chance et par beaucoup moins de travail que vous ne le dites. Vous vous sentez légitimes dans votre succès et au fond de vous mêmes vous vous étonnez de ce succès. Voilà pourquoi vous avez peur. Le sentiment de bonheur, d’après certains, provient du sentiment de posséder plus que les autres. Et donc tout ce qui va vous donner l’impression d’accéder à plus de bonheur doit être combattu. Comme c’est un point de vue cynique difficile à défendre en se regardant dans la glace, vous construisez des théories fumeuses qui le justifient: elles s’appellent capitalisme, libéralisme, gauche etc… et vous jouez à faire peur en expliquant que rien d’autres n’est envisageable parce que tout autre système à échoué. C’est vrai mais vous oubliez bien de nous dire que vous combattez toute tentative de créer autre chose et pire: que même vous vous abstenez personnellement de toute réflexion à ce sujet, alors que c’est vous qui en avez les moyens intellectuels et matériels. Alors que c’est votre Devoir. Parce avez peur que ça change pour vous.
    Le politiquement correct c’est la peur du changement.
    Et ce qui me fait encore plus peur, c’est que souvent je suis comme vous. Mais je m’en rends compte et je me soigne. Et je me sens bien seul…

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