Vive le collaboratif ! Vive le participatif ! Vous n’avez pu manquer de remarquer que, depuis quelques mois, on ne jure plus que par ces deux concepts, employés comme noms communs* ou plus souvent encore comme adjectifs. Par les temps qui courent, un projet qui n’est pas un tant soit peu collaboratif ne vaut pas grand-chose. Une action non participative ne mérite qu’un intérêt courtois. Forts de leur dynamique, nos deux concepts ont fait des petits : on n’a jamais tant parlé de créations collectives, de réussites partagées, d’association de talents, de discussions concertées.
Rien n’échappe au collaboratif, rien ne se fait sans participatif. Les programmes politiques étaient issus de brillants cerveaux d’énarques ? Ils sont aujourd’hui le fruit d’un joyeux melting post sur les blogs et wikis des politiques, lesquels – de droite comme de gauche - se sont transformés en machines à produire synthèses, résumés et comptes-rendus de débats publics.
La sphère économique et sociale n’est pas en reste. Directeur Associé chez Blue Apricot, amené à accompagner de grandes organisations dans leurs mutations, Erwan Nabat a mis en place une méthodologie fondée sur la notion de « conditions d’adhésion » à une transformation. Elle connaît un succès considérable, tant auprès des dirigeants que des employés : « Il est relativement facile d’inventer un scenario qui explique la nécessité du changement, mais rien ne prouve que les acteurs internes vont se l’approprier. Toute la difficulté est de les amener à provoquer eux-mêmes la transformation. Ce n’est possible que dans une dynamique collective, certes guidée, mais qui fait la part belle à l’initiative. Finalement, nous appliquons des méthodes connues de longue date, utilisées avec un succès certain dans les grandes universités américaines par exemple, que nous adaptons aux circonstances particulières de chaque projet de conduite du changement ».
Car l’école aussi ne jure que par le collaboratif. Et pas seulement à Harvard ou Yale. En CP, l’enseignement académique de la lecture a toujours de fervents partisans, mais une nouvelle voie, qui fait la part belle au participatif, gagne du terrain. « Plutôt que de faire répéter cinquante fois aux élèves que « au » se prononce « o » et non pas « a-u », on les met en groupes et on leur demande de classer des mots par catégories », m’a expliqué une enseignante. « Les groupes sont envoyés au tableau. Chacun propose sa solution, qui est évaluée par les autres. Cette construction positive crée une émulation extraordinairement efficace. Un groupe peut être réticent au début du travail, mais en voyant les autres progresser, il ne le reste pas longtemps. Le travail collaboratif tend en outre à réconcilier l’enfant et le milieu scolaire, car apprendre devient un jeu, et un défi ».
Baromètre de cet engouement, le business généré par les notions – pourtant vagues – de collaboratif et de participatif ne cesse d’embellir. Pour preuve, la magnifique éclosion du networking, ces sites web qui mettent en relation amis ou partenaires. Linked In, Facebook, Inspheris ou Viadeo font ainsi les beaux jours des réseaux professionnels. Les forums se multiplient et les wikis, un temps remis en cause, connaissent un nouveau printemps. C’est que le web favorise l’échange, donc la discussion, donc la participation et le travail en « groupware ». La démocratisation et l’internationalisation de la Toile engendrent nécessairement de nouveaux usages, et l’envie de contribuer ensemble à une œuvre commune. Cet article, publié sur un support web, est écrit par un non-journaliste. Les médias traditionnels se tarissent tandis que jaillissent des milliers de fontaines d’informations – et mille fois plus de contributeurs, dont votre serviteur. Conséquence ou symptôme, les recettes publicitaires augmentent de 21% par an sur le web, et devraient dépasser la pub presse en 2011.
Le business du collaboratif, c’est donc beaucoup de temps, et beaucoup d’argent. Comme toujours, qui dit nouveaux produits dit nouveaux modèles : ainsi le peer-to-peer, qui n’est qu’une forme d’action collective, remplace progressivement un ancien système de type dual, fournisseur-acheteur. Rien d’étonnant donc à apprendre que Warner vient de perdre la clientèle de Madonna. L’artiste a décidé de confier ses intérêts, non plus à une maison de disques, mais à une société de spectacles. Le spectacle : autre mode de création collective. Et pour qui a vu Madonna sur scène, il n’y a pas de doute que son œuvre est pleinement participative.
Nous entrons, bon gré mal gré, dans l’ère du communautarisme. Au niveau mondial, la vague est encore amplifiée par le rôle croissant de la Chine et de l’Inde, dont les cultures sous-jacentes ne sont pas réputées pour valoriser l’individu, mais bien au contraire pour leur philosophie du bien-être de masse. Là est peut-être le danger. Le partage des connaissances est une bonne chose… à condition qu’il n’efface pas l’initiative individuelle. Nous avons toujours besoin de génies, de référents ingouvernables et inclassables qui s’extraient de la pensée construite pour proposer des idées venues de nulle part. La démarche participative du PS lors des élections présidentielles a montré ses limites, parce qu’un programme repose sur une vision, et qu’une vision n’est pas une synthèse. De même en entreprise, les méthodes les plus abouties de conduite du changement ne font pas l’économie de la recherche de héros. Le magnifique Tabarly, grand marin s’il en fut, dont on honore la disparition il y a dix ans, aurait-il tant fait avancer l’art de la voile si on l’avait cantonné dans un bureau d’architectes ? Dans bon nombre de domaines, le collaboratif est jugé sans valeur, inefficace, coûteux, pernicieux, dangereux. Rassurons-nous : s’il doit être un lieu de résistance au collaboratif systématique, c’est bien en France, la nation de la Révolution, des libertés individuelles, des droits de l’homme**, où l’on ne manquera pas de faire remarquer qu’entre collectif et collectivisme, il n’y a qu’un goulag de différence. Un milliard de petits chinois, et moi, et moi, et moi ?
* Sans mauvais jeu de mot
** et, il faut bien le dire aussi, de l’égoïsme assumé : dans notre pays à forte culture hiérarchique, encore fidèle au testament de l’Ancien Régime, donner la parole aux subalternes relève d’un crime de lèse-majesté.

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Guide Collaboratif, le 6 mai 2008
Nous allons publier d’ici peu un libre blanc, gratuit, dédié au travail collaboratif et à ses outils.
Nous avons en effet remarqué que ce sujet correspond à une forte demande, mais génère en même temps de nombreuses interrogations. C’est à celles-ci que nous avons donc décidé der épondre avec ce guide, que vous retrouverez à l’adresse suivante:
http://www.guide-collaboratif.com