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Fric-Frac, ric-rac ?

Management

Fric-Frac, ric-rac ?Du point de vue économique, l’image de Paris est trompeuse. Vu de loin, la capitale apparaît comme un phare qui attire grands groupes, investisseurs et décideurs. On y trouve les sièges sociaux, les clubs les plus influents, des structures puissantes, des agences et un grand nombre d’institutions. C’est là aussi que sphère politique et économique se parlent au plus haut niveau, sous les ors du Sénat notamment, et que l’on accueille les plus grands projets internationaux.

Dans cette magnifique Cité des affaires qui tire le pays vers le haut, grouillent tout en bas de l’échelle une multitude de petites entreprises dont l’espoir se résume à “Vais-je passer l’hiver”? Je veux parler de TPE de 1 à 20 employés, de tous secteurs d’activité. Elles sont généralement créées par des experts dans un domaine particulier: un ingénieur informaticien qui a développé, dans un laboratoire ou pendant sa période de chômage, un logiciel innovant; un chef qui vient de quitter le restaurant où il était employé pour monter son propre établissement; une styliste à qui l’on reconnaît une griffe et qui, depuis plusieurs années, tente de l’imposer sur le marché de la mode.

Car le quotidien de ces “petites gens” n’est pas fait de grandes réceptions ou de réflexions stratégiques. Eux ne produisent pas des offres packagées dans une tour d’ivoire, produites en Asie et massivement distribuées dans un grand magasin ou un réseau structuré. Leurs produits ne sont pas issus d’études marketing patiemment élaborées. Ils sont le simple reflet de leur vision du monde. Ils ont un caractère profondément original. J’ai rencontré un entrepreneur, au demeurant parfaitement sain d’esprit, qui a développé un système intelligent permettant de discuter de vive voix avec son ordinateur. Une autre développe des posters lumineux. Un troisième a installé sa lutherie dans le 19e arrondissement… Chacun, à sa façon, propose une ou des valeurs nouvelles. A l’opposé des grands groupes qui, le plus souvent, renforcent les valeurs existantes. En ce sens, ils sont le sel de ce monde.

Ce qui ne signifie pas que les grandes entreprises, et les PME de taille plus importante et plus matures, n’aient pas leur importance. A chacun son rôle dans la société. Celui des entrepreneurs est probablement sous-estimé.

A Paris comme ailleurs, ils ne sont que très peu aidés. Il existait un dispositif (le Frac) pour les études de marché, mais il a été supprimé : « Subventions trop atomisées, trop difficiles à contrôler » a tranché la Cour des Comptes. D’autre part, si le Frac a réellement aidé un nombre considérable de TPE, il restait limité dans ses ambitions (budget, restrictions, accessibilité…). Alors, regardons de plus près : de quoi les entrepreneurs ont-ils besoin ?

1- Ils sont tout sauf des gestionnaires, or la gestion d’une TPE est à peine moins compliquée que celle d’une grande entreprise. Plutôt que de simplifier les procédures fiscales, bancaires, sociales, etc. - vaste chantier s’il en est*  - , je suggère que l’on réfléchisse à un système qui permette à tout entrepreneur de se faire adjoindre un “manager”, consultant externe ou avocat, qui l’aide à voir plus clair et à prendre les bonnes décisions. Un entrepreneur n’aura probablement pas les moyens de se payer un tel consultant. Ils faudrait donc l’aider financièrement (par un équivalent “micro-crédit” facile à mettre en place) et imaginer un système de mise à disposition de ressources (calé sur le principe de “l’avocat commis d’office”?), notamment via Internet, car outre l’aspect financier, le choix de l’intervenant aura son importance. Précisons-le de suite : il ne sera pas utile à l’Etat de créer un label garantissant la qualité des intervenants. Le marché s’en occupera bien à sa place.

2- Ils sont tout sauf des commerciaux. Ils savent vendre leur produit parce qu’ils le connaissent parfaitement et qu’ils ont une bonne vision globale de leur marché; mais mettre au point un plan d’action commercial, c’est autre chose. Or de ce plan dépend le décollage de leur activité. Je suggère donc, là encore, un micro-crédit pour se faire assister par un commercial expérimenté. Mais l’aspect financier n’est qu’un des volets du problème. Il faut aussi convaincre quantité de commerciaux de quitter le confort ouaté des grandes entreprises pour travailler en indépendant. Ce qui, au vu des règles fiscales et sociales actuelles, paraît compliqué. On peut imaginer des mesures, on peut aussi recruter parmi les professionnels en situation de recherche d’emploi.

3- Ils manquent de temps. C’est une Lapalissade. Un chef de petite entreprise est à hue et à dia. Il n’a pas un moment à lui. Sa vie familiale est limitée au strict indispensable - quand elle survit à l’expérience. J’ai croisé un jeune avocat qui mangeait dans sa voiture tous les midis, en conduisant pour aller d’un rdv à un autre, tout en écoutant les compte-rendus d’audience podcastés par sa secrétaire. Alors, s’ouvrir l’esprit, prendre le temps de réfléchir, de se cultiver… Pourtant, nous l’avons vu, le rôle de l’entrepreneur est d’imaginer, de créer. Comment faire quand on n’a pas même le temps de vérifier toutes ses factures? Alors soyons fous : créons une “demi-journée de l’imagination” dont bénéficierait chaque entrepreneur. Cela pourrait fonctionner comme une journée de congés, sauf qu’elle ne serait accordée qu’aux patrons de TPE et qu’ils devraient la passer à “s’ouvrir l’esprit sur leur activité”. Je conçois ce que cette dernière mesure a de difficile à mettre en oeuvre. Mais Google l’a bien fait, et ça a l’ait de marcher, si l’on en croit les derniers résultats publiés par cette ancienne… TPE.

Après tout, « Un idéaliste est quelqu’un qui aide les autres à prospérer » (Henri Ford). Bon vent, et que la prospérité fasse gonfler vos voiles.

* A tel point que l’Administration vient de publier un site web intitulé « Ensemble, simplifions » (http://www.modernisation.gouv.fr/simplifions/), qui encourage les dirigeants à faire des propositions de simplification de quelques 10 000 procédures administratives (sic) recensées.

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3 réponses à “Fric-Frac, ric-rac ?”

Benoît Ouellet, le 23 février 2008

Je découvre aujourd’hui un site extraordinaire, riches en informations et une référence incontournable!

Votre description de l’importance des TPE et (des PME)pour la santé d’une économie saine et solide est très juste. Nos sociétés occidentales sont fascinées par l’attrait et l’illusion de la force des méga-entreprises comme étant la seule garantie de stabilité de l’économie. Évidemment l’influence et l’importance de ces “big ones” n’est pas négligeable de par leurs ressources, mais le réel impact sur la santé d’une économie locale ou nationale est beaucoup plus lié au nombre de petites et moyennes entreprises et à leur vitalité en générale.

Une région qui a son économie basée sur une multitude de petites et moyennes entreprises sera beaucoup plus stable à long terme, qu’une région qui dépend d’une seule grande industrie. Cette dernière pourra certes compter sur la richesse distribuée par la grande usine, mais si celle-ci ferme les portes (et Dieu sait que ça arrive) alors on passe du jour ou lendemain de la prospérité au marasme, au chômage, au désespoir.

En plus, le dynamisme de ces petites entreprises est un milieu fertile pour la créativité, l’imagination et l’innovation contrairement aux mécanismes décisionnels lourds et trop souvent sclérosés des très grandes entreprises en manque d’originalité.

Jacques-Marie Bichot, le 6 mars 2008

Votre article est fort sympathique et rédigé de telle manière qu’il attire spontanément la compassion.
Cependant, il plaide pour un système qui tue efficacement et surement l’entreprise : le recours à l’Etat.
Au contraire, laissons l’argent dans la poche des entrepreneurs, plutôt que le redistribuer avec force bureaucratie et médiocre rendement.
Les artisans ou professions libérales manquent de temps, sont de piètres gestionnaires ou mauvais commerciaux ?
C’est parce qu’ils sont mal organisés ou positionnés sur les créneaux non rentables. S’ils sont incapables de trouver leur profit, ils doivent mourir économiquement pour laisser de meilleurs émerger ou les entreprises existantes se développer.
Je sais : ce n’est pas “généreux”, ni “solidaire” et fort politiquement incorrect. C’est juste la manière la plus efficace dont fonctionne le marché. Celle qui nous permet de trouver les meilleurs fournisseurs, le meilleur service au coût le plus bas.

Philippe Guiheneuc, le 8 mars 2008

En réponse au post de M. Bichot

Vous êtes un Darwinien convaincu, une théorie largement répandue au début du XXe siècle, et qui a gardé de féroces gardiens, mais qui me paraît peu compatible avec les valeurs d’aujourd’hui. Un patient ou ses proches accepteraient mal l’idée qu’on cesse de le soigner, au principe que s’il est malade, c’est qu’il ne mérite pas de vivre.

Je ne lance pas un débat moral. Il s’agit seulement d’imaginer des solutions efficaces. Encore faut-il qu’elles soient réalistes. De même que, depuis quelques années, on n’abat plus un homme dont la vue décline et qui a besoin de lunettes, la TPE peut ponctuellement avoir besoin de compétences externes et rebondir grâce à une intervention simple, sans qu’il soit nécessaire de la laisser sur le bord du chemin.

Je vous rejoins cependant sur l’essentiel. Comme vous, je pense qu’il faut éviter une aide de l’Etat engageant des procédures complexes et l’intervention de fonctionnaires tatillons. Un système automatique, de type budget conseil, similaire au 1% formation, serait certainement plus approprié.

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