Au lieu d’apporter une vraie réponse à l’enjeu énergétique, d’orienter volontairement la stratégie industrielle de la France, le Grenelle de l’environnement pourrait accoucher d’un mauvais compromis : le tout réglementaire sous prétexte d’un renforcement du motif de précaution. Si tel était le cas, les petites entreprises innovantes, déjà fragilisées, pourraient en faire les frais.
Quiconque l’ignore, pour les chercheurs et les entrepreneurs, la création d’une entreprise innovante s’apparente à un chemin de croix. A défaut d’une immense énergie, d’une inébranlable conviction, d’un goût au sacrifice, mieux vaut s’abstenir ! Certes certains sollicitent l’aide publique, d’autres des concours privés, mais rares sont les élus !Â
La plupart ne devront compter que sur eux-mêmes. Il leur faudra vivre entre deux et cinq ans, voire plus, sans rentrée d’argent, racler les fonds de tiroir, hypothéquer des biens immobiliers, quémander l’aide de la famille. Car les coûts sont lourds, incompressibles : les planches d’essai, les validations techniques, les consultations, l’installation d’une unité pilote, la mise aux normes, etc. Et rien n’est jamais acquis. Les certitudes sont rares. Ce qui a été validé dans un laboratoire peut être contesté dans un autre. Ce qui est accepté dans une région ne l’est pas toujours ailleurs. Inévitablement, ils affronteront un dédale de directions, d’organismes ou de comités censés vérifier le bien fondé de leur invention. Parfois leur honneur sera mis à l’épreuve. Face à des fonctionnaires dotés d’un pouvoir décisionnel, ils devront faire profil bas, tolérer l’absence d’écoute, peut-être le mépris. Certains sont déclarés fous !
La création d’une entreprise innovante est à ce prix. Rarement glorieuse, au ras des murs, éprouvante ! Mais quelle n’est pas cette joie de chahuter un virus ou un matériau jusqu’à le détruire ou le rendre propre ? Quel n’est pas ce plaisir de brusquer des techniques trop courues, d’ouvrir de nouvelles pistes ?
Déjà aux prises avec la quasi impossibilité de trouver de l’argent, voilà que s’annonce un corset réglementaire toujours plus contraignant, de nouvelles dépenses ! Désormais, à tous les stades, il leur faudra montrer patte blanche et régler la note rubis sur oncle. Des nuits entières, ils devront démêler les fils d’une législation qui française qui européenne traque la moindre bévue. Si, malgré tout, après des années d’insomnie et de privations, leur technique accède au marché, ils devront se méfier des mises en jeu de responsabilité, sujettes également à un constant raidissement. A la moindre erreur, ils se feront siffler. A la moindre négligence, le couperet ! Depuis quand l’innovation industrielle se fait-elle sans risques ?
Décidément, le tout réglementaire n’aide pas à la création d’entreprises innovantes. D’emblée, il favorise les grands groupes qui ont le temps d’attendre, de créer, de produire et les moyens de se défendre, de se protéger. Il favorise l’établi au détriment de nouvelles forces de proposition. Qui plus est, il affaiblit l’esprit de certaines réformes. Comment laisser croire que l’on améliore la situation des chercheurs si tout est fait pour compliquer la création de leur propre entreprise ?
Face à cette situation, beaucoup seront tentés de prendre le large. Déjà , des pays les guettent avec impatience, trop contents d’accueillir des technologies supposées renforcer leur potentiel industriel. Américains, chinois ou indiens. Bientôt, brésiliens, iraniens, saoudiens ou sud africains. Les flattant, ils leur ouvrent les portes de leurs laboratoires, facilitent l’installation la mise en place d’unités pilotes, accélèrent l’accès au marché. Le risque doit être entendu !
A trop vouloir tout encadrer, l’on démembre un pays ! Déjà sur le déclin, l’avenir industriel de la France pourrait en souffrir plus encore.

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